Existe-t-il une philanthropie à la française ?

DEBAT

Dominique Lemaistre  est Directrice du mécénat de la Fondation de France. Elle supervise les 20 programmes et les 745 fonds individualisés gérés par la Fondation. Au cours de ses 25 années d’activité au service de la philanthropie, Dominique a eu l’opportunité de s’intéresser à tous les enjeux liés aux fondations et au mécénat dans le contexte français et européen, notamment : les relations avec les mécènes particuliers et entreprises, la gouvernance, l’expertise sociale et l’évolution de la réglementation juridique et fiscale.

Virginie Seghers est Présidente de Prophil et spécialiste de l’entrepreneuriat social et de la nouvelle philanthropie. Elle a dirigé l’ADMICAL de 1995 à 2002 et a contribué à la structuration et au déploiement des fondations en France. Consultante indépendante auprès d’entreprises françaises et internationales de 2003 à 2012, elle a créé les enseignements sur la responsabilité sociale et environnementale des entreprises (RSE) et sur l’entrepreneuriat social à Sciences Po Paris et à l’ESCP Europe. Elle est co-fondatrice du Mouvement des Entrepreneurs Sociaux (Mouves) et administratrice de plusieurs ONG et fondations internationales.

 

Que recouvre le champ de la philanthropie ? En quoi diffère-t-il du mécénat, de la solidarité et de la RSE ?

Dominique Lemaistre (DL) : Ces notions sont interdépendantes, mais la sémantique a évolué avec le temps. Le terme de philanthropie n’était pas approprié dans le contexte français jusqu’à une période récente. On lui préférait le terme de mécénat, qui s’est installé en France à partir de 1987 puis en 1990 avec la loi sur la création des fondations d’entreprises. A l’époque, la générosité des particuliers était très discrète, et cela reste encore en partie vrai aujourd’hui. Le mécénat a d’abord été un outil pour communiquer sur les fonds dont disposaient les entreprises pour aider les associations, mais sans structure spécifique pour les gérer. Au début des années 1990, le mécénat se développe plutôt de manière thématique : d’abord par le secteur bancaire, pour soutenir en particulier la culture et la science ; puis, avec la crise économique de la fin des années 1990, les entreprises du secteur pharmaceutique et de la grande distribution. Enfin, le mécénat, qui était très exogène, devient plus endogène et se préoccupe davantage de faire participer les salariés. Au début des années 2000 sont apparus les textes qui donnent des obligations aux entreprises vis-à-vis de leur responsabilité sociale et du développement durable, ce qui a entraîné au sein des entreprises une diffusion accrue de la culture de l’intérêt général. L’éclosion du mot « philanthropie » est plus récente : elle est liée à l’implication des particuliers « riches » dont la générosité commence à devenir visible. Elle se développe avec la loi Aillagon de 2003, puis avec la loi TEPA qui formalise des incitations fiscales au titre de l’impôt sur la fortune.

Virginie Seghers (VS) : Effectivement, la perspective historique est essentielle pour comprendre ces termes. Les mots « mécénat » et « philanthropie » ont curieusement une connotation désuète. Le mot mécénat vient du latin Maecenas, du nom du conseiller de l’Empereur Auguste, et concernait à l’origine le soutien aux Lettres et aux Arts. La philanthropie est un mot grec : philos et anthropos, qui signifie l’amour du genre humain. Les racines grecques et latines de notre sujet prouvent que nous devons mettre en perspective, sur le temps long, la capacité des hommes à donner. La philanthropie n’est pas une invention de Bill Gates ! Elle n’a jamais autant existé qu’au temps des Lumières et de la Révolution Française, qui la considérait comme « une nouvelle religion capable de conquérir l’Univers » (Camille Desmoulins) : il s’agissait de promouvoir un don « laïc » distinct des actes de bienfaisance ou de charité des Eglises. Au XVIIIe siècle puis au XIXe avec l’essor de la Révolution industrielle, nombre de philanthropes engagés ont construit des écoles, des dispensaires et mis la philanthropie au service du progrès social : de la lutte contre l’esclavage, à la diffusion de la vaccination. Aux côtés de l’Economie sociale et du paternalisme ouvrier, qui inventaient de nouvelles formes d’entreprises soucieuses du bien commun, la philanthropie défrichait l’espace discret mais efficace du don. Après le foisonnement des sociétés philanthropiques au XIXe siècle, le terme est certes entré en déshérence après la première guerre et l’essor de l’Etat providence. Alors que celui-ci s’essouffle, que l’économie sociale se réinvente avec l’essor de l’entrepreneuriat social, que le capitalisme recherche de nouveaux modèles capables d’intégrer la prise en compte du bien commun bien au-delà des exercices souvent imposés de « RSE » (Responsabilité sociale et environnementale), la philanthropie regagne ses lettres de noblesse. Nous la considérons comme un aiguillon, un laboratoire d’innovations sociales, un espace de liberté capable d’inspirer tant les pouvoirs publics que les entreprises.

 

Comment la philanthropie s’est-elle développée historiquement et sur quels leviers ?

VS : La philanthropie est liée aux racines culturelles et morales des individus. On s’étonne souvent de son développement dans les pays anglo-saxons mais cela est culturellement cohérent. En effet, dans le puritanisme anglo-saxon, ce qui est condamnable, ce n’est pas l’esprit d’entreprise ou le capitalisme, mais le fait de thésauriser la richesse produite : il faut donc la redistribuer, par l’investissement et/ou le don. Dans cette perspective, le don devient consubstantiel à l’aventure entrepreneuriale. Comme l’indique le « Gospel of Wealth » d’Andrew Carnegie (1), « tout homme qui meurt riche meurt déshonoré ». Cette volonté de dépouillement d’une grande partie de leur richesse anime beaucoup de grands philanthropes anglo-saxons aujourd’hui et arrive doucement en France. Dans la culture catholique, s’enrichir est davantage condamnable et le don est discret : il est plus difficile d’en parler. Lorsque j’ai écrit, en 2008 le premier livre de portraits de philanthropes d’aujourd’hui publié en France, j’ai eu la plus grande difficulté car peu d’entre eux étaient prêts à s’exprimer, alors qu’il existait aux Etats-Unis depuis longtemps, et même en Chine, des classements publics des « top philanthropists » (2).

DL : Il y a aujourd’hui une véritable dynamique de la philanthropie européenne : par exemple, le nombre de fondations en France a doublé depuis 10 ans. C’est une conséquence de phénomènes qui convergent. Il semble notamment que la distinction entre les protestants avec un Etat faible et les catholiques avec un Etat fort est en train de s’estomper. La philanthropie européenne reste très peu capitalisée par rapport à la philanthropie américaine mais les flux annuels sont identiques, ce qui tendrait à prouver que la philanthropie est plus dynamique en Europe. La philanthropie a connu un effondrement à la Révolution Française car elle était aux mains des églises qui se sont fait confisquer leurs biens, ce qu’on appelait alors les « biens de mainmorte ». Il convient aussi de distinguer la philanthropie opératrice de la philanthropie distributive. En France on est allé très vite vers la distribution des fonds sans constitution de capitaux, ce qu’ont pu faire en revanche les pays anglo-saxons car la dynamique philanthropique s’était inscrite dans un temps plus long.

VS : Ces dernières années, l’évolution des richesses sans précédent a constitué des fortunes plus importantes et concentrées qu’auparavant : la croissance du nombre de milliardaires a été plus importante que celle des millionnaires les dix dernières années ! Auparavant, 80% des hommes et femmes les plus riches du monde étaient américains, alors qu’aujourd’hui ils ne sont plus que 20%. Le Moyen-Orient, la Russie, l’Asie, le Brésil comptent de plus en plus de millionnaires voire de milliardaires, et la volonté de structurer une philanthropie apparaît pour faire face aux défis éducatifs, sociaux et environnementaux. Le nombre de fondations dans le monde croît rapidement, ainsi 40% des fondations allemandes se sont créées dans les dernières 15 années. En France un fonds philanthropique ou une fondation se crée désormais tous les deux jours ! Mais les moyens ne rivalisent pas encore avec ceux des Etats-Unis où la philanthropie représente 2,5% du PIB (0,25% en France) : près de 800 milliards de dollars sont capitalisés par les structures philanthropiques américaines, qui n’ont l’obligation de dépenser que 5% de cette somme chaque année. L’essentiel de ces fonds sont donc capitalisés : ce qui pose une autre question, celle de leur placement ! Et donc celle de la finance responsable ou « à impact social »…

DL : Certes, les mouvements partent souvent des Etats-Unis, car la masse critique y est plus importante et qu’il y a une antériorité de la philanthropie. Cependant, beaucoup d’idées neuves imaginées aux Etats-Unis ne s’implantent pas si facilement, même sur le sol américain. Il y a beaucoup de storytelling, mais l’ensemble de la philanthropie américaine reste très traditionnelle, surtout sur la côte Est, par exemple avec les community foundations (3). Il semble pourtant que l’avenir soit à l’hybridation des modèles, avec l’arrivée de l’entrepreneuriat social, de l’impact investing, des fondations actionnaires, etc. Le modèle « Bill Gates » de cycle long est fondamentalement remis en cause par des entreprises sociales qui ne sont pas dans une optique de redistribution mais se sont créées en se demandant immédiatement comment et pourquoi elles agissent.

 

Quelles sont aujourd’hui les grands tendances et innovations en matière de philanthropie ? Avez-vous des exemples ?

DL : Si la philanthropie évolue aussi vite, c’est que plusieurs dynamiques convergent : le développement de l’Economie Sociale et Solidaire, qui se considère comme un nouvel objet, l’installation de la RSE dans les entreprises et la pénurie des moyens publics. Cette contrainte sur les moyens publics fait qu’un certain nombre d’acteurs du champ social a été contraint de solvabiliser ses interventions. Certains le vivent mal car ils ne veulent pas produire des services marchands ni écarter certains publics qui ne pourraient plus accéder à leurs programmes.

VS : Le crowdfunding contribue également à un renouveau de la philanthropie et pose clairement deux enjeux :

  • La nouvelle frontière entre le don et l’investissement : un donateur sur une plateforme de crowdfunding donne, prête et investit dans un projet auquel il croit. La notion étroite d’intérêt général, telle qu’elle est définie par notre code général des impôts, lui importe peu. Par exemple, les « prêteurs » sur Babyloan, très belle plateforme de microcrédit en Europe, créée par un Français, Arnaud Poissonnier, réinvestissent à 99 % leurs prêts. Ils sont en fait des donateurs… et donc des philanthropes qui ne demandent aucun rescrit fiscal et recherchent avant tout à aider des petits entrepreneurs des quatre coins du monde à monter leur entreprise et donc à vivre dignement. Je suis convaincue que les frontières entre le don et l’investissement à impact social sont de plus en plus poreuses et doivent contribuer à redessiner les contours de l’intérêt général 2.0.
  • L’approche communautaire du don. Le don n’est plus un acte isolé, c’est un élan partagé d’une communauté qui se reconnaît dans certaines valeurs. D’ailleurs, nombre de fondations cherchent aujourd’hui à associer leur éco-système. Parmi les entreprises que nous accompagnons, nous voyons bien que la philanthropie n’est pas un don à sens unique, mais un échange, et une force d’entrainement auprès des salariés, des clients et des fournisseurs. L’essor des « arrondis » en caisse, ou sur les bulletins de salaires en est également la preuve.

La question qui importe est donc celle du résultat. Peu importe finalement que le projet soit for profit ou non for profit, à partir du moment où il tient sa promesse en matière d’impact social.

Parmi les innovations, nous avons défriché chez Prophil, au travers d’une étude pionnière en Europe (4), un modèle hybride particulièrement inspirant : les fondations actionnaires (5). Bertelsmann en Allemagne, Carlsberg au Danemark, Rolex en Suisse appartiennent majoritairement à des …Fondations ! Ces entreprises sont donc protégées (elles ne peuvent être rachetées). Au Danemark, 54% des entreprises cotées à la bourse de Copenhague appartiennent majoritairement à des fondations. Avec 1/5e de l’emploi privé, 10% de la richesse nationale, 20% du budget de recherche et développement danois, elles incarnent un capitalisme stable et de long terme. La responsabilité des fondations actionnaires est double : économique et philanthropique. Elles orientent directement la stratégie des entreprises concernées, décident des investissements, et financent, grâce aux dividendes qu’elles perçoivent des causes d’intérêt général. Par exemple, plus de 800 millions d’euros de dons sont consentis chaque année au Danemark par les fondations actionnaires, pour financer l’éducation, la recherche, la culture… Au-delà du Danemark, il y a indéniablement un modèle nord-européen des fondations actionnaires: elles sont 1000 en Suède, 1000 en Allemagne (Bosch, Bertelsmann, Carl Zeiss). Pourtant, en France, ce modèle de transmission et de gouvernance des entreprises est largement méconnu. Seuls le groupe de presse la Montagne et le groupe Pierre Fabre sont majoritairement détenus par des fondations reconnues d’utilité publique, et quelques pionniers comme le groupe Mérieux ou Sofiprotéol ont des fondations présentes dans leur capital, de façon significative mais non majoritaire. Nous pensons que la France a trop longtemps établi des frontières étanches entre la sphère capitaliste et celle de l’intérêt général, considérant qu’une fondation ne saurait gérer une entreprise, et que sa mission philanthropique pourrait être « pervertie » par sa responsabilité économique. A l’aune des exemples nord-européens, ces réticences s’avèrent parfaitement infondées.

DL : Une des réticences qui a longtemps prévalu en France était l’argument de spécialisation (l’entreprise n’est pas compétente pour intervenir en dehors de son secteur d’activité) ou l’argument fiscal (les activités d’intérêt général sont contaminées par les activités lucratives). Ces arguments peuvent aujourd’hui être remis en question.

 

Quels sont les impacts de ces nouvelles formes de philanthropie ? Dans quelle mesure l’accompagnement peut-il contribuer au succès des projets ?

VS : Il faut croire à la force d’inspiration et de transformation des modèles hybrides, économiques et philanthropiques. Nous pouvons nous tromper, être en avance de phase, mais il faut prendre des risques pour inventer les modèles de demain. Par exemple, je suis abonnée aux « oxymores ». Pendant longtemps on m’a dit que le « mécénat d’entreprise » était une contradiction intrinsèque, je me suis consacrée pendant vingt ans à son développement : il a désormais droit de cité. En 2003, j’ai participé à la première mission avec Hugues Sibille sur le développement de l’entrepreneuriat social en France. A cette époque, Ashoka était en train d’émerger, la chaire de l’ESSEC démarrait, mais beaucoup d’acteurs ne se reconnaissaient pas encore dans cette appellation. En 15 ans il y a eu une réelle appropriation du terme « entrepreneuriat social », qui est désormais dans toute les bouches et à la une des journaux. Hier encore, une personnalité de référence me disait que « fondation actionnaire » était un oxymore : rendez-vous dans quinze ans !

DL : Nous avons réussi à regrouper des personnes sur ces sujets et c’est un succès : aujourd’hui les modèles de l’entrepreneuriat social et de la philanthropie existent politiquement et statutairement. Cependant la réflexion n’a pas encore été poussée suffisamment pour que cela fonctionne et que le secteur trouve son modèle économique à long terme. On rencontre encore beaucoup d’acteurs en détresse face à des problématiques spécifiques, sur la question de l’innovation par exemple. A une époque, il a été difficile pour la Fondation de France de savoir ce qu’elle avait le droit de financer. Aujourd’hui, il est encore parfois très difficile de répondre à cette question sur certains projets. Cela a conduit des acteurs à aller jusqu’au tribunal administratif, car ils faisaient face à des questions complexes de la part de l’administration fiscale et étaient très isolés pour y répondre.

 

Quelles sont les spécificités du contexte français ? Existe-t-il une philanthropie à la française ?

DL : La question de l’appropriation du mécénat par les pouvoirs publics est une spécificité en France. Les acteurs les plus prompts à mettre en place des structures de collecte du mécénat sont les établissements publics, et en premier lieu les grands établissements culturels, scientifiques, scolaires et académiques. Le Ministère de la Culture a joué un rôle important dans la définition légale et fiscale du mécénat. L’Etat donne d’une main via une incitation fiscale et reprend de l’autre via la collecte. A la Fondation de France, reconnue d’utilité publique, nous voyons converger beaucoup de projets de communes ou de régions qui veulent créer des fondations pour compléter leurs recettes traditionnelles, tout en conservant une place centrale dans la gouvernance. Cela peut poser un vrai problème si les employés municipaux sont transformés en collecteurs de fonds. Aujourd’hui la Fondation de France refuse de créer des fondations hébergées à l’initiative des collectivités territoriales car, d’une part on peut se demander si le mécénat a pour objectif d’alimenter l’action publique, et d’autre part il y a un risque réel pour les partenaires en cas de changement de gouvernance et de politique locale. Nous cherchons plutôt à développer des fondations territoriales dans notre pays où traditionnellement la philanthropie est très nationale. Ces fondations ont un projet général au profit des fragilités d’un territoire : ce sont des démarches qui requièrent une certaine maturité et la capacité de travailler en groupe.

VS : Beaucoup de freins à une philanthropie moderne existent en France (notamment la lourdeur administrative pour créer une FRUP – Fondation Reconnue d’Utilité Publique, la perte de pouvoir des fondateurs dans la gouvernance, le droit des successions qui empêche la constitution de très grandes fondations, la vision encore très classique de l’intérêt général, etc.) mais de nombreuses brèches ont été ouvertes, parfois soutenues par l’administration comme les fonds de dotation, et il y a un terreau d’innovations important et rassurant !

 

Quel avenir pour la philanthropie en France ?

DL : Nous sommes dans une période de remise en cause fondamentale de l’ordre antérieur. Les gens l’entendent et le sentent, mais techniquement ce n’est pas simple à gérer. La philanthropie est de plus en plus responsable, elle est moins fondée sur une logique de reconnaissance ou de redevabilité. Elle advient chez les individus de plus en plus tôt, et de moins en moins à la fin de la vie, car tous les acteurs sont aujourd’hui conscients de la baisse des moyens publics. Techniquement, on a fait quelques avancées mais cela reste progressif : c’est le cas par exemple de l’investissement socialement responsable (ISR) des fondations ou de l’impact investing, qui débutent mais peuvent être encore largement développés. La difficulté et les ambiguïtés actuelles tournent autour de la fragilité et de la vulnérabilité des personnes et dans l’évolution des rapports entre l’Etat, l’intérêt général et le marché. Ce qui sera clé c’est la gouvernance des projets. Des questions importantes sont ainsi posées : les produits d’une organisation ont-ils des effets pervers sociaux ? A qui profite la production ? Etc.

VS : On observe également la convergence autour de ces sujets dans l’entreprise. Pendant longtemps, la philanthropie était liée à la seule volonté des dirigeants mais, de plus en plus, les Directeurs des Ressources Humaines et les Directeurs du Développement Durable sont directement impliqués. A l’avenir, la philanthropie ne sera plus à côté mais à l’intérieur de l’entreprise, car elle fait émerger des sujets et des activités qui inspirent l’entreprise.

DL : A mon sens, une entreprise n’a pas intérêt à devenir opératrice en matière d’intérêt général, mais a plutôt intérêt à en être un financeur. Dans tous les cas, il est essentiel que cette philanthropie soit conseillée et éclairée. Lorsque les entrepreneurs mettent le pied dans le champ de l’intérêt général, ils ne font, par exemple, pas spontanément des études de marché. De même, peu d’acteurs réfléchissent à l’impact d’une politique « globale » de philanthropie, qu’il convient de distinguer de l’impact des projets qu’ils soutiennent. Or il n’y a pas de grand secteur du conseil sur le sujet. Le monde des bailleurs de fonds qui émerge, avant cela n’existait pas en dehors des entreprises. On peut espérer des avancées sur ce sujet dans les années à venir.

VS : Très peu d’acteurs en effet accompagnent les dirigeants pour articuler leurs engagements économiques et philanthropiques, voire les faire converger. C’est notre pari singulier.

 

Propos recueillis en 2016 pour CO Conseil par Antoine Colonna d’Istria, co-fondateur de Pro Bono Lab
et Pierre-Dominique Vitoux, directeur général de CO Conseil

 
 

Notes :

(1) Le « Gospel of Wealth » est un article écrit par A. Carnegie en 1889, dans lequel il explique sa philosophie des trois tiers : un homme doit passer un tiers de sa vie à apprendre tout ce qu’il peut apprendre, un tiers à gagner tout l’argent qu’il peut gagner et un tiers à donner tout ce qu’il peut donner

(2) La Nouvelle Philanthropie : (ré)invente-t-elle un capitalisme solidaire (éditions Autrement, 2009)

(3) Cette appellation désigne un type de fondations œuvrant au niveau de la « community », l’entité territoriale et sociale de base. (Source : CFF)

(4) Les Fondations actionnaires : première étude européenne comparée (Prophil, 2005) : www.prophil.eu

(5) www.fondations-actionnaires.eu